Quand le désert culturel est trop fort...

Publié le par helene33660@aol.com

Quand le désert culturel est trop fort...

Larsac, ou le désert culturel.

 

Sur le terrain de Francky le patriarche, de nombreuses caravanes sont regroupées.

Il y  a 3 semaines, son fils Niko accompagné de sa femme Ludivine et de leurs 3 enfants sont arrivés de Paris.

J’aime beaucoup accompagner les enfants dans leurs apprentissages. Ils sont vifs, plein de vie et d’envie. Curieux aussi. Diana est une leader née.

Hier, lors de notre atelier lecture, j’ai annoncé qu’ils auraient bientôt une visite surprise, à savoir leur ancienne professeure des écoles. Les cris de joie ont jailli… Aussitôt, les jeunes se sont  mis à la préparation du goûter qui allait clôturer la visite d’Emmanuelle lors du cours de chant.

Puis Ludivine, la maman est arrivée.

  • Helene, les enfants ne seront pas là, on part jeudi matin !

Grimace de ma part… vite vite mes neurones s’activent. Je joins Fonegna, le prof de chant, Emmanuelle. On se met toutes d’accord et l’atelier est avancé au mercredi.

Ouf… la fête pourra bien avoir lieu.

 

2 heures plus tard, je retourne voir Ludivine, installée devant son fourneau.

  • Hé zut, Hélène, ca n’ira pas ; les enfants ne seront pas là, on part mercredi matin…

Je me sens démunie et à court d’idées… Je cherche à comprendre tandis que Ludivine fait frire les oignons de son ragoüt de mouton….

  • On va aller chez ma mère, à Paris. Ici j’étouffe. Je dois m’occuper de toute le monde. Je n’ai pas une minute à moi.

Je regarde le campement…

Dans le premier chalet, il y a Dora, la femme de Francky. Elle est sévèrement handicapée, depuis son AVC et sa méningite foudroyante.   Il y a aussi Jeannot, lui aussi handicapé, sans ressources depuis 4 mois car son dossier est bloqué, faute d’avoir été transmis en temps et en heure à la bonne administration. Dora et Jeannot restent assis toute la journée, à attendre la journée suivante.

Dans la caravane adjacente, il y a Mickaël, atteint d’une vilaine tumeur à la gorge. Sa trachéotomie l’empêche de parler, de travailler. Sa femme est souvent triste. Seule Sabrina, 14 ans amène du soleil dans la caravane.

 

Il ne faut pas le nier, sur le terrain, c’est un peu la cour des miracles et je comprends ce que veut dire Ludivine

  • Tu vois Hélène ici, il n’y a rien. Je dois toujours m’occuper des autres. J’ai même pas le temps d’amener Dylan à l’école. Lui aussi s’ennuie, les copains lui manquent.

En regardant Ludivine, c’est la première fois que j’entends cette souffrance, que je perçois la grisaille du terrain.

  • Et puis, tu te rends compte, je ne suis que la belle fille et c’est à moi de tout faire…

C’est la première fois que Ludivine se confie autant à moi, la gadjé. Je sais qu’elle voyage de plus en plus. Depuis quelques années, elle a goûté aux sorties sur Cannes, Paris. Elle croise des artistes, va aux concerts… alors la vie  à Larsac, c’est pauvre et elle étouffe…  C’est du moins ce que je crois avoir compris.

On s’est embrassé chaleureusement.  Les petits vont me manquer… Mais, promis, elle m’appellera à son retour. Parce qu’elle reviendra.

 

Promis Emmanuelle, dès que j’ai des nouvelles, on terminera notre goûter. Toi aussi tu manques aux petits...

 

www.petitechronique.com

 

 

Publié dans Lire en caravane

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